Compte-rendu de mission AsaParisMada

Du 29 octobre au 12 novembre 2023 Benoît Pelier s’est rendu sur la ZMA, Zone de migration de l’ASA

L’objectif de cette mission était de faire le point sur l’ensemble des projets soutenus par AsaParisMada, passés, en cours ou à venir, mais aussi de se faire une idée plus générale de l’impact des actions de l’ASA sur la ZMA.

Le Centre des Métiers ruraux, CMR

Les étudiants au CMR avec Delphin

Cette structure de formation professionnelle en 2 ans, recrute ses étudiants dans et au-delà de la ZMA. La qualité reconnue de ses enseignements permet de remplir chaque année les effectifs (40 élèves, tous internes).
De nombreux projets ont amélioré les conditions d’enseignement (bibliothèque d’études, bâtiments construit ou réhabilités, filières de formations supplémentaires…) AsaParisMada a en particulier soutenu, sur ces 2 dernières années, le projet Permaculture, qui a permis de développer cette technique culturale et son enseignement sur une zone dédiée au sein du périmètre du CMR.

Site permaculture

Les échanges avec Delphin Rabemanantsoa (directeur du CMR) et la visite sur le terrain montrent l’avancement du projet selon les étapes prévues : mise en exploitation de 2 hectares avec des espèces culturales complémentaires, construction d’un bâtiment sur la zone pour la surveillance, enseignement et participation des élèves. D’après Delphin, il n’est pas nécessaire de prévoir une nouvelle année de financement. Le versement récent de la dernière tranche (de l’année 2) suffira à remplir les objectifs non encore atteints : formation des encadrants, (re)mise en route de l’apiculture, embauche d’un gardien qui fera l’arrosage du maraichage en parallèle.

Un autre projet au CMR et soutenu par AsaParisMada consistera à produire des œufs. Ce projet sera développé dans le chapitre spécifique ci-après : « Les cantines scolaires ».
Une perspective complémentaire pour le CMR pourrait être de s’ouvrir à la formation des encadrants agricoles, et à terme aux adultes des familles de l’ASA. Mais il faudrait des moyens supplémentaires si on élargit les actions du CMR.

Malgré son indéniable réussite à mettre au crédit de Delphin et de son équipe, le CMR fait face à de fortes pressions. Une attaque avec violences et armes à feu il y a quelques semaines, a entraîné le vol de 14 zébus hébergés présents dans l’étable. Malgré une poursuite des dahalos (voleurs de zébus) sur plusieurs dizaines de kilomètres, seul 1 zébu a pu être récupéré.
Des vols moins retentissants mais réguliers, se font sur les poissons des bassins de pisciculture et sur des productions agricoles. Tout cela pèse sur le moral des équipes. Plusieurs solutions sont à l’étude et feront l’objet de propositions.

Les cantines scolaires : projet Tohan’Aïna

Ce projet initié par l’ASA a pour objectif de fournir pendant la période de soudure (de janvier à mars), un repas équilibré par jour, à tout élève scolarisé et de façon durable. Cela permettra d’augmenter l’assiduité des élèves, leur concentration en classe, et augmentera le taux d’inscription à l’école. Les repas d’une semaine-type apporteront 2 repas avec protéines animales, 2 repas avec protéines végétales, et un repas de féculents sucrés ou salés.
En 3 à 5 ans, ce projet cantine doit être à l’équilibre en termes de production/consommation et autonome financièrement. Les 3 premières années, les denrées seront financées par un collectif d’associations du réseau ASA France, de façon décroissante le temps que les productions par les parents d’élèves et les apports des AGR (Activités Génératrices de Revenus) dédiées, ne les remplacent.

Projet d’extension du réfectoire

Plusieurs sous-projets construisent le projet général des cantines scolaires :

  • La mise en culture de terrains dédiés à la production culturale par les parents d’élèves de maïs, manioc, pois de terres, lentilles, arachides (qui seront stockés pour l’année suivante) et des productions de légumes type courges (à consommer à la récolte).
  • L’extension du réfectoire d’Ambatolahihazo au sud.
  • La création d’une filière de formation à la production d’œufs au CMR et qui sera aussi une AGR.
  • La création d’une autre AGR, une filière d’élevage répartie sur les 3 sites (nord, centre et sud).

ASAPARISMADA a monté en partenariat avec l’ASA, des dossiers pour la mise en culture des terrains, l’extension du réfectoire et la création du poulailler. Nous avons présenté des dossiers de financement à plusieurs bailleurs. Les réponses arriveront fin novembre et mi-décembre. J’ai eu l’occasion d’échanger avec les personnes de l’ASA en charge de ce projet : Hervé, Carole, Nathalie, Delphin, les directeurs des écoles et une délégation de parents d’élèves (FRAM). Ils sont tous extrêmement motivés et enthousiastes ! Des lettres d’engagement ont été signées par les parents volontaires. J’ai pu visualiser les terrains de cultures mis à dispositions soit par l’ASA (au sud), soit par des familles de parents d’élèves dont des Hors ASA (!) au nord, soit mixte au centre. Avec Valery, nous avons finalisé le projet d’extension du réfectoire du sud et sa cuisine, en prévoyant une utilisation mixte salle d’étude de l’ancien réfectoire.

Concernant le poulailler, Delphin l’a dimensionné pour fournir aux cantines, 2 œufs par élève et par semaine durant les 2 premières années. Puis 1 œuf par élève et par semaine en année 3, et cela deviendra une AGR bénéficiaire.

Le deuxième repas de protéine animale sera alors apporté par l’élevage d’animaux de boucherie qui deviendra productif à ce terme. D’après les cadres de l’ASA , cet élevage sera réparti sur les 3 sites (Nord, Centre et Sud) pour diminuer les coûts de transport.

Des points de vigilance ont été soulevés :

  • Prévoir des locaux de stockage et leur gestion pour les productions des parents d’élèves (entre la période de récolte et la période de soudure suivante, env. 8 mois).
  • Prévoir les moyens d’exploitation des parcelles (le nombre de zébus sur la ZMA est faible) : tracteur de l’ASA pour les premiers labours ?
  • Ne pas négliger le poste engrais surtout en année 1 et 2 car les terres disponibles à la culture sont relativement pauvres
  • L’équipe agricole devra prendre une part active à l’accompagnement des familles au lancement des cultures par les FRAM
  • Rajouter un coût de transport (tous les 15 jours) pour les œufs vers les cantines qui devra se faire en voiture car leur volume sera trop important pour un transport en moto (30 litres de gazole pour les 3 sites, à 5000 Ar/L).

La santé

Ecographie dans un CSB

Les échographes du nord et du sud sont régulièrement utilisés comme celui du centre. L’électrification des CSB, parfaitement efficace, permet leur utilisation à toute heure. A noter que l’ASA, ASAParisMada et ESF, abondent annuellement à un compte séquestre pour 7 ans, à fin de remplacer les batteries à l’issue de cette période.
Depuis février, date de la formation des médecins et des sage-femmes, 250 échographies prénatales réalisées ont permis de dépister une dizaine de grossesses à risque sur près de 180 suivies en 2023, entrainant des évacuations sanitaires vers Tsiroanomandidy ou Antananarivo, évitant des morts maternelles et/ou fœtales. Mais il reste des progrès à faire car les femmes font 1 ou 2 écho prénatales (au lieu de 4 minimum), et principalement pour connaître le sexe du bébé ! Le prix (pourtant peu cher) semble un frein.

Remise du kit mère-enfant

Des contacts ont été pris avec la maternité du CHU de Antananarivo pour continuer des cycles de formation du personnel de l’ASA dans le domaine obstétrical. Concernant le Kit Aïna Soa, la nécessité d’anticiper les commandes (au minimum 3 mois à l’avance) a permis de résorber les ruptures de stock. Depuis 2018, le kit continue de motiver les femmes et permet d’avoir une très bonne assiduité sur les consultations prénatales.
Maintenant associé à l’échographie, l’objectif de faire disparaitre les décès autour de l’accouchement semble atteignable !

Réunion du personnel de santé

J’ai eu la chance d’assister à la réunion trimestrielle des personnels de santé de la ZMA. J’ai été très touché de voir le très bon esprit qui régnait entre les 3 équipes !

Après avoir mis en place un approvisionnement des médicaments par eux-mêmes ce qui a réduit considérablement les ruptures de stock, une nouvelle initiative (du Dr Edmond) consiste à mettre en place un logiciel de gestion médicale. On peut en attendre une simplification de la saisie des données, de la gestion des caisses, et de l’édition des rapports d’activité. Ils sont tous enthousiastes ! Nous avons échangé sur la valeur des données brutes médicales notamment celles envoyées mensuellement à l’Etat malgache, alors qu’il ne finance rien sur la ZMA !
Dans un autre registre, la mutuelle AFAFI semble se désengager de l’ASA car trop peu de personnes cotisent.

Autre sujet de préoccupation, il n’y a toujours pas d’eau courante à Ampisipotsy, et j’ai assisté à un accouchement fait avec des seaux d’eau cherchés à la pompe à distance du CSB. Problème équivalent au CSB d’Ambatolahihazo où l’eau n’est disponible au robinet que 1 à 3 heures par jour en dehors des périodes de consultation.  
Le projet VISION, qui consiste à tester l’ensemble des élèves scolarisés et à équiper de lunettes les élèves ayant des déficits visuels, est bien parti. Les lunettes et le matériel de dépistage seront fournis par la Fondation Essilor et des contacts ont été pris avec le « Centre de Vision » au CHU de Antananarivo pour monter une mission au deuxième trimestre 2024.

La vie sur la ZMA

Famille nouvellement installée, promotion 25

La sécurité est un problème redondant mais les dernières attaques sur la ZMA sont plus violentes : 4 attaques en moins de 2 mois dont 1 décès dans les rangs de l’ASA, 3 dahalos tués, 13 zébus du CMR volés, 1 attaque avec tirs d’arme à feu dans l’enceinte d’Ampasipotsy. Les solutions avancées ne sont pas faciles à mettre en œuvre, et elles devront être élaborées par les acteurs de la ZMA avec l’appui du siège.              
Les déplacements sur et à partir de la ZMA, restent problématiques de par la mauvaise qualité des pistes mais aussi de par le manque de véhicules roulants. Seule l’ambulance est en état, et de nombreux véhicules sont immobilisés. Un casse-tête que Mario, le nouveau gestionnaire de la ZMA va prendre à bras le corps !
J’ai pu discuter avec 3 familles de la 25ème promotion arrivées en octobre sur la ZMA. Ils semblent heureux d’être là et ont déjà des activités de petit élevage ou de cultures commencées avec les premières pluies.
Nous attendons avec impatience le résultat du recensement de toutes les familles de l’ASA sur la ZMA qui nous donnera une vision globale des trajectoires de ces familles.

En conclusion, j’ai été heureux de voir l’implication des personnels de l’ASA ainsi que des parents d’élèves dans le projet de cantines scolaires en période de soudure. Le partenariat des huit associations du réseau ASA France est le miroir en France de cet engouement local.
La ZMA n’est pas un environnement facile à vivre, mais le travail conjoint des salariés de l’ASA et des familles établies sur ce territoire, force l’admiration tant leur détermination à tous a permis l’enracinement d’une large communauté.