Mission dentaire 2024

Contribution de l’ASA à la santé bucco-dentaire

Dentisterie à Madagascar

Malgré une île de 587.000 km2, on ne trouve qu’une seule université dentaire à Madagascar, située au Nord de l’Île à Mahajanga. Les jeunes diplômés se concentrent ensuite pour la plupart dans les grandes villes, laissant la brousse dépourvue de soins dentaires.
Pourtant, 80% de la population malgache souffre de problèmes dentaires, notamment expliqués par le manque de fluor contenu dans l’eau, l’alimentation qui devient de plus en plus riche en sucre, ainsi que le grand manque de ressources pour assurer une bonne hygiène bucco-dentaire.

La mission dentaire

Pour pallier les manques de soins dentaires en brousse, ASAM Provence permet d’envoyer régulièrement des dentistes bénévoles en mission au sein de la ZMA. Grâce à l’implication du Dr Véronique Douillet et l’aide de l’EMI (Entraide Médicale Internationale), le village principal a été équipé d’un fauteuil dentaire ainsi que de l’essentiel du matériel nécessaire (kits d’exploration, daviers, seringues…).
L’équipe était composée en 2024 du Dr Madeleine Foucault, pédodontiste exclusive à Toulouse, ayant déjà réalisé deux missions dentaires sur la ZMA, Dr Marie Ordonneau, pédodontiste exclusive à Lyon et Dr Laura Bonnet, chirurgien-dentiste à Paris0,0 faisant toutes parties d’ASAM Provence.

En accord avec Véronique Douillet, présidente de l’association, Daniel Bandon, responsable des missions dentaires, et les responsables locaux de l’ASA, les objectifs à travers cette mission étaient les suivants :
● apporter le matériel manquant nécessaire au bon fonctionnement des soins dentaires (anesthésiques locaux, gants, masques, excavateurs, fluor, CVI, etc.),
● réaliser les soins nécessaires aux populations de la ZMA, avec des créneaux réservés aux enfants,
● programmer des séances de prévention aux jeunes populations (avec la réalisation de jeux orientés sur la prévention, l’enseignements des techniques d’hygiène bucco- dentaire et la délivrance d’une brosse à dents et de dentifrice à chaque enfant de la ZMA),
● enseigner quelques techniques dentaires essentielles aux médecins de brousse (détection des lésions carieuses, curetage manuel de la carie et prévention bucco- dentaire),
● faire l’inventaire du matériel manquant,
● établir un rapport de mission.

Le matériel a été collecté en amont. Il a été financé soit par nos économies personnelles, notre entourage ou par de généreux dons de commerciaux (Gum (Patrick Moulis) pour les dentifrices, SDI (Fayçal Iratni) pour le FDA et le CVI, Pierre Fabre (Géraldine Salvi) pour les brosses à dents et dentifrices, DPI (Mounir Bouhou) pour les excavateurs, le CVI, les kits d’exploration, le fluor et les brosses à dents).

Un appel au don de médicaments, principalement antibiotiques et antalgiques a aussi été lancé quelques mois avant le départ.

Au niveau des Centres de Santé de Base

Malheureusement, en début de séjour, deux de nos dentistes ont été malades, ce qui a diminué notre efficacité et cela se fait ressentir dans nos résultats.

Il a été convenu de se rendre dans les trois CSB de la ZMA afin de donner l’opportunité à tous les habitants de bénéficier de soins. Lors du séjour, il a été dédié une journée de soins au Nord de la ZMA pour les enfants, deux journées au Sud et 5 journées au Centre d’Ampasipotsy, ainsi qu’une dernière journée consacrée au rangement du matériel et à l’inventaire.
Deux praticiens pratiquent les soins alors qu’un autre est dédié au renfort pour gérer le matériel, l’enregistrement de patients, la stérilisation, remplir les carnets de santé, dispenser les médicaments et s’occuper du règlement. Cette organisation permet d’allier efficacité et rapidité.

Le déroulement d’une journée type est le suivant : à l’arrivée dans un CSB, nous signons notre ordre de mission avec le médecin référent puis nous installons deux tables de consultation pour accueillir les patients ainsi que le matériel :
● kits d’exploration, seringues, daviers, syndesmotomes, curettes, excavateurs
● gants, gel hydroalcoolique, compresses, cotons, anesthésie, aiguilles, bétadine orale, fils de suture, FDA, CVI à spatuler, fluor, javel.
Nous mettons en place un espace dédié pour la stérilisation avec toujours le même schéma afin de procéder aux différentes étapes d’asepsie : bac de désinfection avec javel, bac de nettoyage, bac de rinçage puis séchage.
Nous avons une poubelle DASRI pour les aiguilles et carpules d’anesthésie.

Nous profitons de certains actes dentaires pour enseigner quelques techniques au médecin : l’application de fluor, de FDA et le diagnostic de l’abcès avec la prise en charge sous antibiotique.
La plupart de nos interventions se résument à l’avulsion dentaire. Cependant, lorsque cela est possible nous réalisons des soins conservateurs et préventifs.

Pour chaque patient, nous notons dans le registre et dans leur carnet de santé les soins réalisés ainsi que la prescription médicale si nécessaire pour le suivi.
Toujours dans la démarche d’accompagnement et non d’assistance aux personnes de l’ASA, il est demandé une compensation financière pour les adultes uniquement de 1000 Ar, soit l’équivalent de 20 centimes d’euros.

Nos résultats

219 patients ont été soignés, 121 enfants et 82 adultes (16 patients n’ont pas renseigné leur âge) dont 121 femmes et 93 hommes, respectivement d’un âge moyen de 22 et 16 ans.
Les données de soins sont manquantes pour 28 patients suite à des erreurs de retranscription. Nous pouvons cependant comptabiliser 123 soins conservateurs, 344 avulsions et 268 actes de prophylaxie.

En comparant le type de soins réalisés en fonction des centres de soin, nous pouvons observer un taux d’avulsion plus élevé dans les populations du Sud, pour lesquelles nous n’avons pu réaliser que très peu de soins conservateurs.

Au Nord, les résultats reflètent une action centrée sur la population pédiatrique. Malgré un taux d’avulsion élevé en denture temporaire, nous pouvons observer un taux de soin plus important que le taux d’avulsion sur les premières molaires permanentes. Un résultat encourageant car nous intervenons à une période décisive : la denture mixte établie.

En ce qui concerne la prévention, elle a été menée auprès de 550 enfants au sein des écoles de la ZMA partie Sud.
A la fin de la mission, les trois médecins rencontrés sur place sont capables de réaliser un diagnostic avec une prescription adaptée ainsi que d’appliquer du FDA et fluor dans les cas de lésions carieuses débutantes.
Chaque enfant scolarisé du Nord et du Sud ainsi que la majorité des enfants du Centre ont été équipés de kits d’hygiène dentaire.
L’inventaire du cabinet dentaire d’Ampasipotsy a été établi afin de permettre le prochain réassort et anticiper les manques.

S’investir dans la prévention et l’éducation pour les générations futures

soin de prévention dentaire

En tant que pédodontistes, il était très important pour nous de
réaliser des séances de prévention et d’éducation.
Les directeurs du Nord et du Sud, nous ont permis d’aller dans leurs écoles afin de faire une séance d’éducation pour expliquer l’anatomie de leur bouche, la carie et l’importance de l’hygiène dentaire avec démonstration.

Nous avons ensuite, après examen, divisé les enfants entre ceux nécessitant une fluoration ou l’application de FDA et ceux dont l’intervention au CSB était nécessaire pour des soins ou extractions.

Le constat était alarmant. La grande majorité des élèves ne possédait pas de brosses à dents et la presque totalité, professeurs compris, ne faisaient pas la différence entre dent lactéale et dent permanente pensant que les dents repoussent à vie.
Cela a donc permis de revoir l’essentiel et de dispenser à chaque enfant scolarisé au Sud une brosse à dent achetée en amont à Tananarive.
Madeleine a pu constater les effets préventifs de ses années précédentes. En effet chaque enfant revu en consultation et ayant bénéficié auparavant de fluor / FDA ou séance de prévention présentait un nombre de caries significativement plus faible.

Nos objectifs pour la suite

● La mission dentaire s’intensifie au fur et à mesure des venues des différents volontaires. C’est dans la durée que son efficacité perdurera et que la confiance s’installera. Pour cela l’objectif principal est de constituer année après année une nouvelle équipe dentaire.
● Pouvoir réaliser plus de soins conservateurs et moins d’avulsions dentaires, serait un objectif réalisable à court terme. Désormais l’eau et l’électricité sont accessibles à Ampasipotsy et nous pensons à l’apport d’un appareil radiologique pour pouvoir faire des diagnostics plus complets.
● Le CSB principal est équipé d’un laboratoire de prothèse. Il serait intéressant d’être accompagné par des prothésistes pour réaliser des prothèses et permettre la réhabilitation buccale complète.
● Équiper chaque enfant de manière durable d’un kit d’hygiène bucco-dentaire reste un objectif primordial. Il est pourtant indispensable de prendre en compte aussi le facteur écologique et le nombre de déchets que chaque kit représente, sur un lieu où le tri des déchets n’est pas encore mis en place. Se réfléchit donc l’élaboration de dentifrices fluorés et de brosses à dents plus écologiques ou réutilisables.

Conclusion

Notre intervention a permis de soulager 219 villageois de la ZMA, pour lesquels les soins dentaires sont habituellement inaccessibles.
Les enfants scolarisés semblent prendre conscience de l’importance de leur santé bucco-dentaire et sont prêts à mettre en place une hygiène correcte. Notre action sur cette population est essentielle puisqu’elle représente le futur.
Les médecins et les professeurs d’école ont acquis de nombreuses compétences lors de nos interventions, ils sont aujourd’hui capables de transmettre les bons conseils d’hygiène bucco-dentaire.
L’action dentaire aura un impact sur les générations futures uniquement si elle perdure. C’est en voyant l’équipe dentaire régulièrement équipée du matériel nécessaire (brosses à dents, dentifrice, fluor, antibiotiques) que la population locale sera à même de mettre en place nos conseils et d’avoir une bonne santé buccale.